Comme un parc d'attractions

Le château de Schirmeck
Schirmeck, Bas-Rhin.
Article publié le 15/07/2026 par Claude_H.


C'était un matin d'hiver empreint d'une obscurité pesante, alors qu'à l'aube, un léger brouillard bleuâtre enveloppait le paysage. Les cieux, chargés de lourdes nuées, déversaient une froideur intense sur la terre.

En ce mois de janvier, un froid mordant et sec immobilisait la vallée, tandis que les pierres du château, érigé à 375 mètres d'altitude au-dessus de la petite ville, se retrouvaient engourdies sous l'emprise de cette atmosphère glaciale.
Je contemplais, immobile, les murs reconstruits avec de ridicules petites pierres. Ce que je voyais devant moi n'était pas le témoin séculaire des siècles passés. Non. Ce que j'avais là sous les yeux était le résultat d'une restauration totalement ratée des années 1970. Et pour faire bonne figure, une statue de la Vierge Marie était installée au centre de la cour.





À l'époque, on voulait “consolider”, “sécuriser”. On a noyé les traces des tailleurs de pierre médiévaux sous une gangue moderne. Et ces créneaux, trop réguliers, trop parfaits pour être honnêtes. Taillés à la meuleuse, pas au ciseau. Ils n'ont jamais connu les rondes des sentinelles ni l'assaut des féroces Suédois. Ils sont nés d'un plan de béton armé.





On a reconstruit à l'identique, pensaient-ils. Mais l'identique de quoi ? D'une gravure romantique du XIXᵉ siècle, elle-même déjà idéalisée ! On a cherché l'image du château fort, pas son âme. On a remplacé la patine des siècles par du propre, du lisse, du sans histoire. Un ersatz de ruine…





Cet ersatz de ruine aurait toute sa place dans un parc d'attractions. Entre le manoir hanté et les montagnes russes. C'est une coquille vide. Une décoration. On a figé dans la pierre une idée fausse. En croyant honorer le passé, ils ont travesti le présent. On a tué la mélancolie des vraies ruines, cette beauté qui naît de l'usure du temps et de la résistance fragile à l'oubli. Ici, le temps a été effacé. Il ne reste qu'un décor.



Le château est devenu un fantôme propre sur lui, un souvenir aseptisé. La vraie ruine, aussi insignifiante soit-elle, chuchote, elle parle de ce qui fut, de ce qu'elle a vécu, de ce qui a été perdu, de la fragilité de toute chose. Un petit musée, à peine inauguré, avait été aménagé dans ce qui devait ressembler à un donjon, mais il a rapidement fermé ses portes.



Un sombre matin d'hiver, quant à l'aube embaumée dans un voile bleu, de froides pesanteurs descendent des cieux. Vue sur Schirmeck en direction du col de Saales.



Je contemplais une dernière fois la forteresse factice puis lui tournais le dos. Perdu dans mes pensées, je poursuivais mon chemin en direction de la Croix Walter.



Son histoire

La forteresse est probablement construit vers le milieu du XIIIᵉ siècle par la volonté de l'évêque de Strasbourg afin de sécuriser l'important carrefour routier qui reliait l'Alsace à la Lorraine, mais il n'apparaît dans les documents qu'en 1291. En 1366, il passe entre les mains du comte Jean de Salm. Par la suite, de nombreux seigneurs se partagent le château avant que l'évêque de Strasbourg ne le rachète au début du XVIᵉ siècle.



Le château est détruit par les Suédois en 1633 pendant la guerre de Trente Ans. En 1705, les Français songèrent à le reconstruire, mais abandonnèrent le projet et, en 1778, on édifia le clocher de l'église avec les matériaux du château. La population fit de même en prélevant massivement des pierres pour la construction des maisons.



Un point de lecture du paysage est installé au col de la Croix Walter.



La Croix Walter

Après avoir mené ma petite enquête d'investigations sur l'origine du nom de Croix Walter, j'ai découvert une explication intéressante : il semble que l'appellation "Croix Walter" soit inexacte. En effet, les anciens désignaient ce lieu sous le nom de "Croix du Champ de Commune". Le nom de Walter n'a fait son apparition à Barembach qu'en 1890, avec l'arrivée de Charles Walter, né le 23 octobre 1865 à Sélestat. Ce dernier a occupé le poste de maire de Barembach à partir du 7 décembre 1919 et a également été élu conseiller général. Il a exercé ses fonctions de maire jusqu'au 5 mai 1935, date à laquelle il a quitté son poste. Charles Walter est décédé le 19 septembre 1950 à Barembach, et il est fort probable que ce petit col ait été nommé en son honneur.



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