Les châteaux du Nideck
Article publié le 22/06/2026 par Claude_H.
Dans les profondeurs de la vallée de la Bruche, là où les ombres d'anciens volcans s'étirent comme des souvenirs, deux châteaux ont brièvement éclairé la montagne avant de retourner à la terre.
Le premier, le Haut-Nideck, fut érigé vers l'année 1200. Ses pierres, taillées par des mains robustes, s'élançaient vers le ciel comme une affirmation de pouvoir. Il était le gardien silencieux de la vallée, un poste avancé dans un monde féodal encore sauvage. Les chevaliers qui y résidaient surveillaient les routes commerciales, leurs yeux scrutant les horizons à travers les fenêtres étroites.
La vie dans ses tours était une vie de vigilance, de feux dans les grandes cheminées, et du son métallique des armes contre le roc. Pourtant, son règne fut aussi tranquille qu'une paix castrale, aucun grand conflit ne marqua ses murs, seulement le passage régulier des saisons et le lent travail du temps sur la pierre.
Un demi-siècle plus tard, vers 1250, une seconde silhouette surgit sur un promontoire plus bas, le Bas-Nideck. Plus petit, plus pragmatique, il répondait aux besoins changeants de la prolifique famille de Nideck. Ses fondations étaient celles d'un monde en transition. Ensemble, les deux forts formaient une paire étrange, un duo de sentinelles, l'une contemplative et haute, l'autre pratique et proche du sol. Ils se complétaient pour ainsi dire, comme le jour complète la nuit.
Vers le milieu du XVe siècle, une parenthèse de 10 ans s'ouvrit quand le château devint le repaire du brigand André Wirich et de ses hommes. Par trois fois le Nideck est assiégé par la milice de Strasbourg et d'Obernai. Enfin la paix, lentement, retrouva ses droits sur la vallée. Les portes du château s'ouvrirent à nouveau, cette fois pour laisser entrer le silence et le souvenir de cette décade troublée, où la loi avait vacillé, mais où la pierre, finalement, avait tenu bon.
Mais leur destin commun était écrit dans la même pierre. À la fin du tumultueux XVIIᵉ siècle, alors que les empires se redessinaient et que les priorités des hommes se tournaient vers d'autres horizons, les deux châteaux du Nideck commencèrent leur descente irréversible vers l'oubli. Ils subirent le fracas d'un siège spectaculaire et le feu de la destruction sans gloire.
Abandonnés par leurs seigneurs, leurs portes ouvertes ne se refermèrent plus. Les vents des Vosges s’engouffrèrent entre leurs murs vacants. La pluie sculpta lentement leurs créneaux. La forêt, patiente et persistante, envoya ses racines entre les joints des pierres, ses branches enveloppant graduellement les tours comme dans un linceul vert. Le Haut-Nideck et le Bas-Nideck, ces frères de pierre, sombrèrent ainsi, non dans un bruit de bataille, mais dans un murmure de feuilles et dans le silence de l'histoire et de l'oubli.
De ces deux châteaux du Nideck, il ne reste que bien peu de choses. De celui du bas, un donjon carré, massif, se dresse encore. À ses côtés, les vestiges d'un logis, pierres grises mangées par la mousse et les ronces. Celui du haut n'est plus qu'un songe évanoui. Quelques pans de murs, à peine reconnaissables, émergent comme les os d'un géant oublié. Quelques pans de murs, un escalier qui ne mène nulle part. Et le vent qui siffle à travers ces plaies de pierre avec un son presque moqueur. Ce ne sont plus deux frères, mais deux ombres, l'une qui se tient encore mais pour combien de temps, l'autre qui a déjà presque fini de disparaître.
Deux siècles plus tard, c'est une légende vulgarisée par les frères Grimm en 1816 puis reprise par l'écrivain d'origine française, Adelbert von Chamisso (Louis Charles Adélaïde de Chamisso de Boncourt, émigré en Allemagne en 1790), dans son poème "Das Riesenfräulein – la fille du géant ", qui fera redécouvrir les châteaux et la cascade du Nideck.
La cascade en hiver
Voir également Les quatre saisons du Nideck
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Reviewed by claude
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