Le Sickertkopf
L'hiver semble toucher à sa fin. Toutefois les matins baignent encore dans une fraîcheur piquante, où l'air vif rappelle les rigueurs de la saison froide. Cependant, à mesure que le soleil commence à se lever, ses premiers rayons diffusent une chaleur agréable qui réchauffe doucement l'atmosphère. C'est alors le moment idéal pour partir en randonnée sur les chemins et sentiers vosgiens au milieu des forêts de sapins dans les environs du rocher du Dabo.
- Le 19 mars 2026 - Dabo, Moselle -
Par Claude_H.
Mais pour aujourd'hui ce n'est pas le rocher du Dabo notre but, mais un autre rocher bien plus discret, c'est le Sickertkopf. Il se trouve à 2 km 200 à vol d'oiseau, au nord de ce dernier.
Le point de départ de cette randonnée (plan ici) se situe en face du camping du Rocher. Nous suivons la petite route forestière sur une petite centaine de mètres jusqu'au premier croisement où se rencontrent plusieurs chemins de randonnée.
La croix jaune va nous servir de repère tout au long de notre parcours, nous guidant d'abord vers le rocher du Sickert, avant de nous mener jusqu'au lieu-dit "Lochmuhl". Ce dernier marquera la fin de la première partie de notre promenade.
Le chemin s'engage de suite sous le couvert forestier où les rayons du soleil peinent à percer l'épaisseur de la canopée. Après avoir dépassé les maisons de Rodenbuhl, ou Rothenbuhl, un lieu-dit de Dabo, nous voici à la fontaine au nom curieux de "Adactem". C'est paraît-il l'acronyme de "Animation culturelle et touristique en Moselle". Mais l'explication ne me paraît pas convaincante !
Nous cheminons parfois sous un tunnel de verdure, suivi d'un espace plus ouvert illuminé par les rayons du soleil matinal. Au sol, un tapis de mousse épaisse et de myrtilliers s'étalent sur la terre humide.
L'extrémité sud de la barre de grès du Sickertfels se dresse maintenant devant nous. Je m'engage sur le chemin de gauche qui contourne la base du rocher. Et comme souvent, c'est toute l'histoire géologique des Vosges du Nord depuis des millions d'années qui se déroule sous nos yeux.
Cette histoire géologique des Vosges du Nord, qui s'étend sur des millions d'années, se dévoile devant nous avec une clarté fascinante. Chaque strate de roche, qu'elle soit à l'horizontale ou oblique, lisse ou incrustée de galets appelés le pouding, chacune de ces formations naturelles témoigne des événements marquants qui ont façonné ce paysage unique. L'érosion par le vent, la pluie et le gel, les variations climatiques et les mouvements tectoniques ont laissé leur empreinte dans ces rochers.
Après avoir fait le tour du Sickertkopf, on s'engage dans un étroit passage au milieu des rochers, une sorte de couloir des temps géologiques, prolongé par un escalier qui mène vers son sommet.
Niché au cœur d'une vaste forêt de sapins et de pins sylvestres, la vue au sommet du rocher qui culmine à 508 m d'altitude est partiellement obstruée par la végétation. Des rebords du Sickertkopf, couronnés de corniches abruptes, on distingue néanmoins sans difficulté le rocher de Dabo surmonté de sa chapelle et, à l'opposé, le village de Hellert.
Sur les nombreux sommets plats de ces rochers de grès des Vosges du Nord, subsiste encore la végétation la plus naturelle, des hêtres avec quelques épicéas, des bouleaux et des pins sylvestres aux troncs et aux branches tortueux. La callune, ou bruyère commune (Calluna vulgaris), constitue la couverture végétale très dense qui s'étend sur le sol, parfois entrecoupée de fougères.
Après avoir encore musardé un moment en admirant les petites montagnes boisées d'une altitude moyenne de 450 m environ et entrecoupées de vallées, nous prenons la direction de l'ancien moulin de la Lochmuhl.
Le sentier vers l'aval ne présente pas de difficultés particulières, à l'exception de deux ou trois passages qui peuvent s'avérer un peu plus délicats en raison de l'érosion causée par les pluies.
L'ancien moulin de la Lochmuhl tirait son énergie du ruisseau de Dabo, un affluent de la Zorn qu'il rejoint à hauteur de la Neustadtmuhle.
Arrivé à l'ancien moulin de la Lochmuhl, il est midi, l'heure de tirer notre repas du sac à dos. Pas de banc à l'horizon pour nous offrir un minimum de confort pour cette pause bien méritée. On se contentera donc de nous assoir sur les marches d'un escalier du sentier.
Le chemin du retour vers Dabo se fait par un large chemin balisé du disque bleu. Sur notre droite, un étroit petit vallon, le bien nommé "Kleinthal", au fond duquel coule un ruisseau sans nom. Au bout d'une longue ligne droite, nous abandonnons le disque bleu qui descend sur notre droite en direction du village de Dabo.
Quelques centaines de mètres plus loin, dans un virage à droite en forme de "U", un sentier balisé du rectangle rouge-blanc-rouge monte par la gauche en direction de notre point de départ.
Un circuit sans dénivelé et sans difficulté de 10 km environ.
Et pour conclure cette belle journée passée dans le pays de Dabo, voici
la légende du Sickertfels.
Au temps des comtes de Dabo, le seigneur était représenté dans chaque village par un "Meier" ou maire. Or le dernier "Meier" en titre s'avérera être une crapule. Le destin s'occupa de ce personnage peu recommandable. Un jour il mourut des suites d'une blessure faite à la chasse et fut enterré au cimetière entourant autrefois l'église de Dabo. De retour des obsèques, les fidèles virent apparaître la tête du défunt, grimaçant, un bonnet pointu sur la tête, à la lucarne du toit de sa maison. Pendant les jours suivants, son cercueil, mis en terre, remontait à chaque fois du fond de la tombe à la surface du sol pendant la nuit.
Un prêtre, expert en sorcellerie, fut chargé de conjurer cette manifestation d'outre-tombe et d'emprisonner le fantôme du "Meier" dans une cruche en grès lors d'une séance d'exorcisme. La cérémonie achevée avec succès, le curé porta la cruche au sommet du Sickertfels. Là, cette vieille fripouille enfermé dans son pot devra rester jusqu'à la fin des temps, à faire des rondes nocturnes autour du massif rocheux et à méditer sur ses méfaits.
P.s. Il est donc fortement déconseillé de tenter d'ouvrir une vieille cruche (le récipient !) que vous pourriez éventuellement trouver au sommet du Sickert. Le monde d'aujourd'hui est déjà saturé de personnes malintentionnées, d'escrocs et d'arnaqueurs de toutes sortes.
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Reviewed by claude
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15:21
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