Fuerteventura, l'île aux plages infinies

Entre pistes cahotiques et plages secrètes

- Du 10 au 17 septembre 2026. Fuerteventura - Iles Canaries - Espagne
Publié le 25 septembre 2026 par Claude_H.




Découvrir cette île des Canaries en quelques jours offre un contraste saisissant entre les immensités sauvages de la péninsule de Jandia au sud et les paysages sablonneux de la côte nord près de Corralejo.



Dès que nous avons quitté Morro Jable à bord de notre voiture de location, une Citroën C3, la route se transformait en piste. C'est la porte d'entrée d'un paysage fait d'un chaos de roches noires, un mélange de Lune et de Mars, aride et minéral, d'une beauté presque violente.





Pas la moindre touffe de verdure ne vient perturber cette vision d'un autre monde. Entre mes mains, le volant tressaillait et vibrait au rythme des trous et des portions de piste en tôle ondulée. Des montagnes pelées, couleur de rouille et d'ocre, se dressaient devant nous comme des géants endormis sous un ciel pas tout à fait bleu.



La piste s'élève en quelques lacets bien serrés vers notre premier arrêt, le mirador de Cofete. C'est un col situé à 234 mètres d'altitude sur la crête de la péninsule de Jandia. Il offre une vue imprenable sur l'immense plage de Cofete. Le vent, omniprésent, souffle toujours. En contrebas, une plage de sable blond s'étire à perte de vue, bordée par un océan Atlantique d'un turquoise intense, déchaîné.





Après un bref arrêt, nous poursuivons notre chemin. Notre véhicule n'est peut-être pas le mieux adapté pour cette piste escarpée, sinueuse et sans barrières de sécurité, mais il s'en sort très bien.





Encore quelques kilomètres, et nous voici arrivés à la Playa del Cofete. Elle s'étend sur près de 14 kilomètres de sable blond. Il n'y avait personne, ou presque. D'ailleurs il n'y a ni toilettes, ni douches, ni parasols, ni chaises longues à loués. Seul le bruit du vent et du ressac rompait un silence quasi absolu. On respire à pleins poumons dans cet environnement du bout du monde, face à une nature brute, indomptée. C'est la Fuerteventura des origines, celle qui semble défier le temps… et les touristes.



Sur cette partie de la côte, le gris du ciel se confondait avec le gris de l'Atlantique. Les nuages roulaient sans cesse depuis l'océan et venaient s'accrocher sur la chaîne de montagne de Jandia. Ils ne portaient pas de pluie, seulement une haleine chaude et humide. Le vent, lui, était une présence constante, un souffle vif venu du large qui balayait le sable. C'est le temps des insulaires, de ceux qui connaissaient les humeurs de cette côte sauvage.





Parfois une déchirure dans la couche nuageuse laissait filtrer un rayon de soleil, un seul, droit et doré comme une colonne. Il frappait le sable, le transformant un instant en or pur. Puis l'ouverture dans le ciel se refermait, et la lumière disparaissait aussi vite qu'elle était venue.





Près du minuscule hameau de Cofete, se découvre un surprenant cimetière pris dans les sables à côté d'un parking sauvage. C'est un lieu de sépulture unique du XIXᵉ siècle, situé directement sur la plage à quelques mètres de l'océan. Le cimetière était utilisé par les habitants de cette partie sud de l'île. Ils transportaient leurs défunts à dos de chameau sur une distance qui pouvait atteindre 40 km pour les inhumer en ce lieu de repos paisible.





Des tombes recouvertes de pierres et de sable, des croix en bois, presque toutes sans nom, la plupart blanchies par le soleil et les embruns. Tout autour, rien d'autre que la solitude d'une plage, s'étendant à l'horizon presque sans fin et le rugissement constant des vagues qui lèchent le rivage.



Dans les années 1990, le site a été délimité par un muret de pierres, aujourd'hui en partie ensablé. À gauche de l'entrée, une plaque, en écriture gothique, rappelle l'histoire de ce lieu et à droite une liste des 220 locataires de la nécropole. Tout cela rajoute encore un peu plus de mystère à l'ensemble. La dernière inhumation a eu lieu en 1956.



Les heures passent, il nous faut reprendre les 20 km de piste en sens inverse et revenir à notre point de départ. Après une heure de tremblement et de secousses, les installations portuaires de Morro Jable apparaissent au loin et la piste chaotique cède enfin la place à la route. Il faut préciser que les routes principales et secondaires de l'île sont en excellent état et parfaitement entretenues.





Pour rejoindre Ajuy et ses grottes, nous prenons la direction de La Pared puis Pajara par la FV-605. La route traverse des monts arides et spectaculaires où les croupes se succèdent, ocres, grises, désolées. De temps à autre, le regard plonge dans les profondeurs des barrancos, ces ravins ou gorges spectaculaires que les pluies rares mais violentes ont sculptés au fil des millénaires. Leurs lits sont à sec, parsemés de galets blanchis par le soleil. Ça et là, dans ces entrailles ombragées, se dresse une touffe de verdure têtue, un bouquet de palmiers trapus dressant leurs palmes en éventail comme un défi à l'aridité ambiante.



Aux portes de Pajara, c'est la FV-621 qui prend le relais pour les derniers kilomètres jusqu'au petit village de pêcheurs d'Ajuy. Sa plage de sable noir est parsemée de rochers et de galets, c'est la Playa de los Muertos, la plage des morts ! Ce nom macabre a été donné en raison des corps des noyés qui sont venus s'échouer sur la plage sous l'effet de la forte houle de l'océan et des courants marins.





L'endroit semble désertique. De rares touristes s'aventurent sur le sable et les rochers. À cette heure, le célèbre site géologique appartenait encore aux éléments.



La plage d’Ajuy est un lieu où le temps semble s’être arrêté. Le contraste est saisissant. D’un côté, la roche remontée des profondeurs, dure et sombre, plonge dans une mer d’un bleu intense. De l’autre, la dune dorée et douce, figée depuis des millénaires. Entre les deux, une étroite bande de sable noir et de galets gris sert de trait d’union.



Remontées des profondeurs de l'océan il y a environ 150 millions d'années, les formations basaltiques du Crétacé, telles des sculptures géantes oubliées par le temps, racontent en silence l'histoire des prémices de la naissance de l'île.
120 millions d'années plus tard, c'est l'écho du magma s'écoulant dans la mer qui se fait entendre. C'est alors la vraie naissance de Fuerteventura qui commence.





La Caleta Negra. Le nom prend tout son sens. La baie noire n'est pas noire de mélancolie, mais de la couleur de la roche volcanique, striée de veines grises et ocres. La lumière du matin, rasante, accentue les ombres, creusant les anfractuosités des parois. On devine, plus loin, l’entrée d’une grotte marine que la mer recouvre en partie à marée haute.



Sur la droite de la plage, deux ou trois barques de pêcheurs s'alignent sous une rampe en pierre qui grimpe le long de la falaise. Du sommet, la vue s'ouvre sur la petite crique. Elle forme un croissant presque parfait, encadré de falaises sombres et déchiquetées qui plongent à pic dans l'océan.





Un peu plus loin, le sentier longe des dunes fossiles composées de sable et de calcaire. Ces dunes se sont formées au Pliocène, il y a environ 5,3 à 2,6 millions d'années. À leurs pieds, deux trous en forme de puits sont les vestiges de deux énormes fours à chaux.





Au bout du sentier, les grottes d'Ajuy, deux cavités spectaculaires creusées par l'océan. Les parois de basalte sombre et le fracas des vagues à l'entrée y créent une atmosphère mystérieuse.





Depuis Ajuy, la route sinueuse traverse des paysages lunaires, des vallées érodées et des collines arides, contrastant soudain avec la verdure qui entoure Betancuria, l'ancienne capitale nichée au cœur des montagnes. Fondée au XVᵉ siècle par le conquérant normand Jean de Béthencourt, la petite ville a été le siège du pouvoir et le centre religieux de l'île pendant des siècles.





Une promenade paisible dans Betancuria est un voyage hors du temps. Seuls quelques touristes, avec appareils photo en mains, déambulent sans hâte dans le dédale des venelles montant vers l'église Santa María. L'heure de nous sustenter venait de sonner. En face de l'édifice, la façade accueillante du "Cafe Restaurante Casa Santa Maria" nous invitait à nous régaler devant un délicieux cabillaud grillé sur sa plancha.





Le soleil de septembre caresse doucement les murs blanc de la petite ville. L'air est chaud, parfumé par les dernières floraisons des lauriers-roses qui bordent les ruelles pavées. Nous avançons lentement, nos pas résonnant faiblement dans le silence de ce début d'après-midi.



De Fuerteventura à Paris
Betancuria est un tombeau blanchi à la chaux, où la vie commence comme elle finit, un lent passage auquel les mortels s'habituent, loin du temps et de ses cruelles souffrances.
Dans ce ravin, on entend le chant de la résignation face à la pauvreté ; la femme Majorera, coiffée de blanc, prie au milieu des ruines, de la solitude et des épreuves…

Extrait d'un sonnet de l'écrivain et philosophe espagnol Miguel de Unamuno lors de son exil qui l'a conduit de Fuerteventura à Paris dans les années 1920.



Nous reprenons la route en direction du belvédère de Guise y Ayoze. Au sommet du col se dressent deux statues en bronze de 4 mètres de haut. Elles représentent Ayoze et Guise, les deux rois guanches qui régnèrent lors de l'invasion de Fuerteventura par les Normands de Jean de Béthencourt en 1405.





Le Mirador de Guise y Ayose est situé à 600 mètres d'altitude. Il offre un panorama spectaculaire et dégagé à 360° sur les paysages volcaniques et érodés du Parc rural de Betancuria.



Les montagnes du massif de Betancuria constituent les parties les plus profondes d'un édifice volcanique de plus de 2 000 mètres d'altitude, vieux d'environ 20 millions d'années. Elles sont composées de roches volcaniques (basaltes et trachytes), de roches plutoniques (gabbros et syénites) et de nombreux dykes. Des millions d'années d'érosion ont façonné ce paysage vallonné.



Notre prochaine étape se situe à l'extrémité nord de l'île, les dunes de Corralejo. Mais avant cela, une courte halte (pause pipi) pour une visite rapide d'un moulin à vent à Antigua.





La traversée de l'île se fait par la FV-20 en direction de la capitale, Puerto del Rosario, que nous contournons. La FV-104 prend la suite en longeant la mer où se succèdent une multitude de plages au sable blond. On ne fait que passer, mais chaque virage dévoile une nouvelle baie, une nouvelle invitation à s'arrêter.



La route s'étire. Nous roulons depuis le matin sous un ciel légèrement brumeux. Enfin un panneau nous informe que nous entrons dans le "parque natural Dunas de Corralejo". Des yeux je cherche les fameuses dunes promises dans les guides touristiques. La déception est au bout de la route. Je ne m'attendais pas à voir le Sahara, c'est sûr, mais au moins quelques vraies dunes dignes de ce nom. En réalité c'est un paysage de bord de mer, bosselé, recouvert de sable et parsemé de buissons verdâtres.





Parfois, la route ne mène pas au rêve espéré, mais à son ombre. Il faut alors apprendre à voir la beauté de ce qui reste, malgré tout !
Pour ne pas perdre le bénéfice de cette journée, nous partons à la recherche de la "Popcorn Beach", qui, d'après les indications de "Google Maps", devrait se trouver à quelques centaines de mètres du port de Corralejo.





En fait de plage de sable, le bord de mer est fait d'une roche volcanique, sombre et coupante, parsemée de quelques plaques de "popcorn". Ce n'est donc pas l'endroit vu sur des photos. Nous devons donc chercher ailleurs. En réalité il faut traverser le parking non officiel, situé au croisement de l'avenue Juan Carlos I avec la Calle Playa Choleon et suivre une piste chaotique sur environ 6 ou 7 km jusqu'à une maison, si on peut l'appeler ainsi, faite de bric et de broc.





La "Popcorn Beach", connue aussi sous le nom de Playa del Bajo de la Burra, n'est pas une plage de sable fin. C'est un mélange de morceaux de corail blancs polis au fil du temps par les vagues de l'océan et de roche noire volcanique.



En quittant la plage, notre attention fut soudain attirée par un mouvement sur un amas de roches grises et grillées par le soleil. Perché comme une sentinelle, un écureuil aux reflets gris observait l'horizon. Ses oreilles pointues guettant le moindre bruit et son regard sombre et vif balayaient l'étendue aride avec une intensité surprenante. Au milieu de ce désert de roches et de poussière, la présence de ce gardien des pierres semblait aussi insolite que surprenante. Il nous fixa un instant, puis, d'un bond vif et précis, disparut dans une fissure de la roche.





En quelques jours, on a voyagé depuis l'âpreté sauvage du sud, royaume du vent et des falaises, à la douceur sablonneuse du nord, paradis des baignades tranquilles. Plusieurs mondes en une seule île, c'est la définition même du mot "évasion".



[full_width]
Fuerteventura, l'île aux plages infinies Fuerteventura, l'île aux plages infinies Reviewed by claude on 16:23 Rating: 5

Aucun commentaire

Si vous avez des remarques ou des suggestions à me faire part,
n'hésitez pas à laisser un commentaire.
Le message sera publié après modération :