Le Pflixbourg
Article publié le 06/09/2026 par Claude_H.
De là-haut, à 454 mètres d'altitude, on voit tout. On domine l'entrée de la vallée de Munster, aussi appelée la vallée de la Fecht, ou encore le val Saint-Grégoire. Qu'importe, la Fecht en contrebas n'est de toute façon qu'un paisible ruban d'argent sinueux. À l'est, la plaine d'Alsace s'étale, paisible et vulnérable.
Le donjon se dresse face à l'entrée en forme de couloir et une fenêtre géminée dans l'enceinte extérieure du château.
Ce n'est point un château seigneurial, fait pour la pompe d'une famille. Non. C'est une sentinelle de pierre, froide et fonctionnelle. Une forteresse impériale, un aigle assis sur son promontoire. Sa raison d'être est claire pour quiconque lève les yeux : surveiller, contrôler, et, si besoin, barrer la route. La vallée de Munster, aux abbayes paisibles, aux prairies grasses et aux forêts silencieuses, est désormais sous l'œil de l'oiseau de proie.
Citerne-réservoir creusée dans le rocher.
Ils l'appelaient "Blickisberc". Aujourd'hui on le nomme "Pflixbourg". Sa construction aurait débuté il y a environ 800 voir 900 ans. Il a été érigé ici sur un mamelon, comme une démonstration de force sur ces terres toujours un peu frondeuses. En somme, un rappel à l'ordre, silencieux mais massif, taillé dans le granite des Vosges.
Construit probablement par le bailli Albin Wölfelin de Haguenau, il est d'abord tenu en fief par un ministériel nommé Frédéric de Schauenberg pour le compte de l'empereur Frédéric II de Hohenstauffen. Il est confié plus tard à la famille Hattstatt. Par la suite, c'est une succession de locataires qui prendront leurs quartiers dans la forteresse, dont Hanemann de Girsberg, Hans Ulrich de Hus, les Usenberg, Kaspar Schlick et enfin Smassmann de Rappolstein (Ribeauvillé). Il est laissé à l'abandon après le XVᵉ siècle.
Le donjon vu depuis le fossé.
Il reste peu de vestiges du château du Pflixbourg si ce n'est le donjon avec ses 22 mètres de haut, la citerne d'eau, un fossé et quelques pans de mur d'enceinte.
La légende
On chuchote encore de nos jours qu'une dame blanche, à la silhouette diaphane et vêtue d'une robe d'une autre époque hanterait les ruines du vieux castel. Elle n'apparaîtrait que les nuits de pleine lune, errant sans but le long des murs effondrés, puis se tenant immobile dans une ouverture du donjon, face à la vallée. De là son regard se porte vers l'ouest quelques secondes, avant de s'évanouir, non pas en disparaissant, mais en se dissipant lentement, comme absorbé par l'obscurité du donjon.
La légende raconte qu'il s'agirait d'Elisabeth von Reichenberg, épouse du Landvogt de Haute-Alsace, Conrad Werner von Hattstatt. Dame Elisabeth mourut subitement en 1276. L'histoire, celle que l'on ne trouve pas dans les rares archives, dit qu'elle mourut quelques années seulement après que son seigneur de mari prit possession du château. "Subitement", le mot est vague, trop vague. Dans les villages alentour, on chuchote une autre version. Une version de trahison, d'un amour interdit et d'une fin violente.
La légende a tort sur un point : elle n'erre pas sans but. Elle surveille, elle attend. Mais quoi ? Mais qui ?
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