Le château du Guirbaden
Ma première rencontre avec les ruines du Guirbaden remonte à octobre 2012. À cette époque, la jungle avait pris possession des lieux. Les ronces et le lierre rongeaient les murailles, pierre après pierre, en les recouvrant d'un manteau de verdure. Le donjon quant à lui n'était déjà plus que l'ombre de lui-même, silhouette décharnée prête à s'effondrer sur elle-même.
J'ai déambulé entre ces murs rongés par le temps il y a quelques années déjà, bien avant qu'un groupe de bénévoles n'endosse la mission
de le restaurer et de le sauver de la destruction.
Par Claude_H.
Par une belle matinée d'automne, je me suis donc lancé à l'assaut du château. Depuis la départementale 204, à une centaine de mètres de la Fischhutte en direction de Grendelbruch, un chemin balisé de la croix rouge s'enfonce vers l'amont sous un tunnel de verdure. La montée se fait sans difficulté aucune. Au sol, un épais tapis de feuilles mortes dissimule un curieux pavage.
Les pavés extérieurs sont légèrement surélevés, comme s'ils étaient destinés à guider le passage de chariots et à faciliter le transport de charges lourdes. Pendant que je cheminais vers le château, je me posais plusieurs questions quant à l'usage de cette voie. Qui en étaient les constructeurs, de quelle époque date-t-elle ?
Tout plongé dans mes pensées, je progressais toutefois dans cette belle forêt qui doucement commençait à prendre les couleurs de l'automne. Le parfum de la terre humide et des feuilles en décomposition flottait dans l'air. Curieusement aucun chant d'oiseaux ne se mêlait au bruissement des branches.
Le chemin débouche sur une clairière, un ancien verger probablement. C'est également un croisement où se rejoignent plusieurs chemins de randonnée montant du Floessplatz, de Mollkirch et du sentier des demoiselles de pierres. Ensemble ils montent vers la forteresse médiévale en passant à côté de deux vieux châtaigniers. Ces arbres ne sont pas connus pour leurs dimensions exceptionnelles, 7 mètres de haut et 5 mètres 40 de diamètre tout de même, mais pour leurs âges indéfinissables.
Ils sont mentionnés dans un état des lieux de la fin du XVIIᵉ siècle et l'un des deux figure sur une carte postale de 1910. D'après des habitants de Mollkirch, des jeunes se seraient cachés à l'intérieur des troncs, ce dont je doute, afin de ne pas revêtir l'uniforme nazi, pendant la Seconde Guerre mondiale.
L'avant-dernière étape de ma promenade, la maison forestière du Guirbaden. Elle est totalement ruinée, il n'en reste plus grand chose. En faisant des recherches sur le net, je tombe par hasard sur le blog de Vosges Randonnées. Son auteur s'est posé les mêmes questions que moi au sujet de cette bâtisse dont il ne reste pratiquement plus rien. Et il a obtenu les réponses par le petit-fils du garde forestier qui y habitait jadis avec sa famille. L'article complet est à lire sur son blog. Je vous livre ici quelques lignes de son récit :
Emile REISS, Reichsoberfoerster de son état, et son épouse Louise GENZLING (native de Grendelbruch) ont élevé ici 6 enfants: Lucien, René, Charles, Hilda, Richard plus une fille décédée pendant sa jeunesse. Mon père René est né à la maison forestière de Guirbaden le 25/10/1915 et est décédé le 18/09/2012 à Oderen...
Après ce petit intermède historique, je reprends mon récit et ma promenade en direction du Guirbaden. Les conditions météorologiques sont idéales, un ciel dégagé et une température agréable pour explorer les vestiges de ce château qu'on dit le plus vaste d'Alsace.
Je ne suis ni un spécialiste du Moyen Âge ni un expert en castellologie, mais j'éprouve une véritable passion pour l'exploration de ces vestiges qui témoignent d'une époque révolue. Ces ruines, où le silence règne aujourd'hui en maître, sont empreintes d'histoire et de légendes qui évoquent des récits oubliés et des vies de jadis. En déambulant au milieu de ce qui reste de nos châteaux-forts, où chaque pierre, chaque fissure raconte une histoire, j'essaye d'imaginer la vie durant les siècles passés.
Le premier élément visible de la présence d'un château du XIIᵉ siècle est l'enceinte extérieure côté est. Une porte autrefois accessible par un pont-levis et protégée d'une meurtrière donne accès à une première cour. Au-dessus de moi, posé sur un énorme rocher, se dresse le donjon carré, du moins ce qu'il en reste. Une moitié de l'édifice s'étend effondrée comme coupée en deux sur toute sa hauteur.
À l'aplomb du donjon, un arc de décharge soutient en partie un mur fait de pierres à bossage tandis que l'autre extrémité repose sur un rocher. Je pénètre plus avant au milieu d'un enchevêtrement de buissons et d'arbustes. Une deuxième porte s'ouvre devant moi, dont la partie supérieure a disparu.
Puis une troisième porte, celle-ci était munie jadis d'une herse. D'autres portes suivront encore. La nature est partout, elle s'immisce dans la moindre fissure et ronge irrémédiablement les derniers vestiges de la forteresse médiévale.
Sur le côté ouest de la cour, dans un mur totalement recouvert de lierre, s'ouvrent deux portes romanes. Elles débouchent sur ce qui semble avoir été une grande salle. Au sol traînent encore quelques éléments de fenêtres ou de porte.
Je déambule dans un enchevêtrement de ronces et de lierre sans vraiment savoir dans quelle partie du vieux château je me trouve. C'est une succession de murs parfois en partie écroulés, de portes et de fenêtres, de meurtrières et d'autres ouvertures encore, dont, me semble-t-il, des latrines.
Après le vieux château, voici le "nouveau château", qui n'est en fait qu'une vaste esplanade occupée par la chapelle romane Saint-Valentin du XIIᵉ siècle, une possession de l'abbaye d'Altorf, près de Molsheim. À l'autre extrémité se trouve le donjon carré appelé "Hungerturm", la tour de la faim. Adossée à la muraille entre la chapelle et le donjon, se cache encore une tour circulaire, totalement dissimulée par la végétation.
La matinée est déjà bien avancée quand pour moi sonne l'heure du retour. Du fond de la vallée de la Magel se lève un épais brouillard. Il grimpe à flanc de montagne vers le sommet du Burckberg à 568 m d'altitude, enveloppant de son voile opaque les forêts environnantes déjà parées des couleurs de l'automne.
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Reviewed by claude
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