Le château de Rothenbourg
Article publié le 16/08/2026 par Claude_H.
Un léger vent balaye le rocher, s'engouffrant dans les fissures des derniers blocs de grès du château. Je suis là, devant ce qu'il en reste. Quelques pierres éboulées, des contours à peine lisibles dans la roche, une empreinte fantomatique. On dit qu'il fut construit ici pour surveiller la vallée, mais par qui ? Et quand ? L'histoire n'a gardé aucun nom, aucune date. Seul le grès rouge, usé par les siècles, murmure des secrets que personne ne comprend plus.
J'ai fait le tour là où les murs s'enfoncent dans le socle rocheux. J'ai trouvé des marques qui ne correspondent à aucune technique du XIVᵉ. Des entailles plus primitives, des assemblages différents. Les restes d'un puits peut-être ou d'une citerne.
C'est étrange, un château ne naît pas de rien. Il faut un seigneur, un ordre, une raison. Pourtant, les archives sont muettes jusqu'au début du XIVᵉ siècle. Comme s'il avait surgi de la roche, déjà vieux, déjà oublié. Et puis, soudain, un nom émerge d'un parchemin poussiéreux, Henri d'Ettendorf. Le premier propriétaire connu. Mais propriétaire, ou héritier ? La nuance est capitale.
Henri d'Ettendorf apparaît dans un acte de vente en 1304. Le document est sec, administratif. Aucune mention des origines. Pourquoi vendre une forteresse si récemment acquise ? À moins qu’elle ne fût déjà en ruines à son époque. À moins qu'il n'ait hérité d'une ombre.
Je me demande ce qu'Henri a vu en arrivant ici. Ces murs déjà effondrés, ce silence des origines. A-t-il ressenti la même froide curiosité que moi ? A-t-il cherché, lui aussi, le nom du premier bâtisseur ? Peut-être a-t-il trouvé quelque chose. Quelque chose qui l'a poussé à s'en débarrasser au plus vite.
En moins d'un demi-siècle, le château passe entre les mains de propriétaires successifs jusqu'à un certain Jost de Flonheim. En 1369, il en est chassé par l'évêque de Strasbourg, Jean III de Luxembourg-Ligny. À moins que ce ne soit Gerhard Harnesch de Weisskirchen, un autre chevalier brigand qui en avait fait son repaire ?
Cet événement marque la fin de son existence en tant que forteresse castrale. Le Rothenbourg ne sera jamais reconstruit. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le sommet du rocher, aujourd'hui inaccessible, a été aménagé en poste d'observation par l'armée française.
Je me perds en conjectures. La nuit commence à tomber sur le Rothenberg. Les dernières lueurs du jour allongent des ombres bizarres parmi les ruines. Des ombres qui pourraient être des tours, des archères, des sentinelles. Il y a une vérité sous ces pierres. Une vérité qui précède Henri d'Ettendorf, qui précède même les archives. Une histoire que ces vieilles pierres de grès semblent vouloir garder pour elles. Pour toujours.
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